mercredi, 15 avril 2009

MECREDI SANDIEN : "Mauprat"

On est mercredi donc c'est le "mercredi sandien" !

Aujourd'hui un roman plus connu de George Sand, que vous pouvez trouver facilement en poche !

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L'HISTOIRE

Un voyageur rend visite à Bernard de Mauprat, vieillard respectable. Au cours de la soirée Bernard lui raconte son histoire. Elevé par son grand-père, le ténébreux Tristan de Mauprat, Bernard subit les violences de ses 7 oncles. Dans le château de la Roche-Mauprat règne une atmosphère de roman gothique. Un soir ils enlèvent leur cousine Edmée de Mauprat, la fille du frère de Tristan, Hubert de Mauprat. Edmée est offerte à Bernard, mais celle-ci le convainc de s'évader et de se rendre chez son père qui saura le protéger de la violence de Tristan... Les deux jeunes gens s'enfuient dans la nuit...

 

MON AVIS

Avec ce roman, on pénètre dans les romans gothiques de George Sand. La noirceur de Tristan et de ses fils que décrit George Sand nous rappelle les romans de Ann Radcliff voire de Sade! Mais on y lit aussi l'influence de Jean-Jacques Rousseau.

Mauprat est écrit entre 1835 et 1837, le roman paraît en 1837. Sand choisit le cadre du Berry, son pays, dont elle connaît tous les recoins. C'est un roman clef dans l'oeuvre de George Sand qui met en scène un personnage féminin, là encore, caractéristique de la vision féminine de Sand. Edmée de Mauprat est, là encore, une jeune fille instruite et fine, sans doute l'une des premières héroïnes sandiennes à prendre une telle ampleur. Effrayée dans un premier temps par la rudesse de Bernard, elle va petit à petit l'amener à se bonifier, le forçant à s'instruire et à s'éduquer.

Plusieurs thèmes chers à Sand sont en jeu dans ce roman : ses conceptions sociales et politiques, notamment à travers le personnage de Patience (d'autant que le récit rétrospectif de Bernard se situe avant la Révolution Française); mais aussi une conception du mariage et de l'amour conjugale dont nous avons déjà parlés : la femme choisit son futur mari, lequel doit suivre un parcours initiatique durant lequel il prendra conscience de l'importance de l'instruction et se débarrassera de ses manières brutales tout en remettant en question la puissance patriarcale. L'instruction, le savoir change la bête brutale, en jeune homme acceptable. Sand revendique l'importance des savoirs, de l'éducation comme réelles valeurs nobles.

mauprat2.jpgL'amour filiale est aussi particulièrement bien décrit ici. Edmée est un modèle de cet amour filial. Elle voue un véritable culte à son père. Sand aurait aimé une fille comme Edmée, et celle-ci fut un modèle que Sand désigna souvent à sa propre fille Solange, qui en était bien éloignée.

 

 

Mais Mauprat n'est pas un roman à thèse! C'est un merveilleux roman d'aventures qui utilise les ressors du roman gothique : châteaux en ruine, fantômes, forêts terrifiantes, revenants... tous les ingrédients sont là.



jeudi, 09 avril 2009

MERCREDI SANDIEN : "Mademoiselle Merquem"

Oui je sais hier j'ai un peu zappé notre rendez-vous Sandien... c'est pour cela que je me rattrape aujourd'hui ! Ne perdons pas les bonnes habitudes !

Aujourd'hui donc un roman que vous pouvez trouver facilement dans toutes bonnes librairies qui se respectent !

Il s'agit de :

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Encore un roman où la place de la femme, son statut, sont abordés !

L'HISTOIRE

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Célie Merquem, orpheline depuis son enfance, est élevée par son grand-père, l'amiral Merquem. Homme éclairé,  il vit en Normandie au bord de la mer, et veille de façon patriarcale sur la population du petit village voisin. L'éducation de Célie n'a rien de conventionnel pour l'époque : elle fait du sport, étudie les sciences avec le savant Bellac, s'habille en marin pour prendre la mer... A la mort de son grand-père, elle reprend son oeuvre et adopte un petit garçon qu'elle prend sous sa protection. Arrive un jeune homme, neveu d'une voisine de Célie...

MON AVIS

Là encore, comment vous dire... c'est un roman fantastique... écrit en 1868, George Sand a alors 63 ans et vient de perdre son ami de longue date François Rollinat. Elle est triste, et a du mal à écrire. Elle se rend sur la côte Normande, découvre la région. Sans tomber dans le réalisme, les descriptions qu'elle fait de cette région permettent de donner un cadre. Le roman paraît dans la célèbre Revue des deux mondes de Buloz, le 15 janvier 1868.

Plusieurs thèmes essentiels sont en jeu dans ce roman :

Roman utopiste: la communauté du petit village normand est régie, d'abord par le grand-père puis par Célie. La population est protégée, l'entre-aide est le mot d'ordre. Si les jeunes veulent sortir du village, trouver une autre voie, on leur confie une somme d'argent et on les laisse partir et faire leurs preuves pendant un an avec la possibilité de revenir au village si l'expérience se rélève décevante. La tutelle du grand-père, comme celle de Célie ensuite, est une tutelle bienveillante!

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Roman "féministe": comme je l'expliquais déjà pour le roman Jean de la Roche, les personnages de jeune fille après 1860, sont modernes. Célie est une femme instruite, qui dépasse son maître, Bellac. Comme George Sand à l'époque, elle herborise, son éduaction est proche de celle qui était donnée aux garçons : science, philosophie, sport. Refusant de se marier, pour conserver sa liberté et son indépendance, et refusant ainsi un mariage programmé avec M. de Montroger, elle se trouve prise dans un dilemme : respecter les voeux de son grand-père concernant ce mariage, (emprise patriarcale) et rester libre. Les choses se compliquent encore davantage à l'arrivée d'Armand. Si Célie finit par se marier, par accepter son rôle de femme, plus ou moins dépendante d'un mari, c'est avant tout, à partir d'un choix personnel et non dicté par les conventions sociales... On voit là, de façon claire, que, contrairement à ce que l'on peut croire, George Sand n'était pas contre le mariage, elle luttait pour des mariages choisis, désirés, dans lesquels l'homme et la femme s'aiment, veulent s'unir mais dans lesquels aussi la liberté et l'individualité de chacun sont respectées !

Roman d'aventure: c'est un roman palpitant, fait de rebondissements, d'intrigues nocturnes, de naufrages... On est véritablement emporté par l'histoire...

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C'est pour toutes ces raison que Mademoiselle Merquem est pour moi un roman majeur, que j'ai lu plusieurs fois et qui, à chaque nouvelle lecture, m'a toujours procuré beaucoup de plaisir !

Vous pouvez le trouver dans la collection Babel, collection poche de la très bonne maison d'édition "Actes Sud"! La préface de Martine Reid vous donnera certaines clefs pour mieux aborder cette lecture!

[Les peintures qui illustrent cet article sont de Eugène Boudin, peintre normand, qui n'a aucun rapport avec George Sand, mais qui permettent de rendre compte de la côte normande comme Sand peut l'avoir connue!]

 

mercredi, 01 avril 2009

MERCREDI SANDIEN : "Jean de la Roche"

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Je vous présente aujourd'hui un roman méconnu de George Sand, paru en 1860 et inspiré d'un voyage en Auvergne, qu'elle effectue en 1859.

L'HISTOIRE

Jean de La Roche revient dans sa région après des études à Paris. Jeune homme ardent, il a vécu à Paris une vie d'étudiant débauché, dont il se repend aujourd'hui. Sa mère, veuve et peu maternelle, lui confie la direction du domaine. Ils ont pour voisins une famille anglaise, les Butler. Le père est un savant, sa femme est morte quelques années auparavant et sa fille, Love, se voue corps et âme au bien-être de son père, comme elle l'a promis à sa mère sur son lit de mort. Le fils, Hope, plus jeune, surveille jalousement sa soeur et a pour ami le sombre Junius Black.

Jean dont l'éducation a été mal faite, se sent inférieur au milieu de cette famille de savants. Love est une jeune fille intelligente, qui met son savoir et ses connaissances au service de son père. Bien sûr Love et Jean vont tomber amoureux, mais cet amour contrarie fortement Hope, le rendant malade de jalousie et le mariage est alors annulé...


LA PORTEE DU ROMAN

Au-delà d'une banale histoire d'amour entre deux jeunes gens, ce roman porte une conception sandienne de l'amour. A partir de 1860, les personnages féminins prennent plus de consistance. Ce sont des jeunes filles intelligentes, instruites, qui souvent revendiquent le célibat plutôt que le mariage à tout prix. Love fait parti de ces jeunes filles qui prônent un mariage d'amour et d'égalité, qui recherchent un homme digne de leur intelligence, qui sachent les comprendre et accepter cette supériorité. Pour cela, bien souvent, les jeunes hommes sont obligés de se former, de parfaire leur éducation. Les obstacles ne sont pas tant sociaux qu'intellectuels. Le Jean du début du roman est bien différent de celui de la fin... Si la jeune fille apparaît comme finie, complète, bien souvent le jeune homme a besoin de faire ses preuves. Ce ne sont plus des épreuves physiques, qu'il doit dépasser (dragon, combat, duel...), mais des épreuves morales et intellectuelles.


MON AVIS

Il s'agit sans doute d'un de mes romans favoris de Sand, et cela très certainement grâce au personnage de Love Butler. George Sand fait d'elle un portrait nouveau, elle dépasse le stéréotype de la jeune fille ingénue et romantique. Elle se trouve rassembler et se confrontent à la fois le poids du devoir (rester fidèle à la promesse faite à sa mère) mais aussi son besoin d'émancipation, de trouver l'amour vrai et un compagnon digne de ses aspirations, et en cela George Sand est extrêment moderne.

UN PETIT EXTRAIT

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mercredi, 25 mars 2009

MERCREDI SANDIEN :"Le Péché de Monsieur Antoine"

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L'HISTOIRE

Emile Cardonnet se rend à Gargilesse un soir d'orage, rejoindre son père et sa mère installés depuis peu dans la région. En chemin il rencontre Jean Jappeloup qui l'emmène au manoir en ruine de son ami, l'ancien noble Antoine de Châteaubrun, que tout le monde s'aime à appeler M. Antoine.
Lors du repas improvisé, Emile ne dévoile pas son identité, et celle de Jean est également dissimulée. La conversation tourne autour du père d'Emile qui vient de construire une usine moderne au bord de la Gargilesse. Si Antoine se réjouit de cette modernité, Jean dénonce l'esclavagisme patronal, les méthodes de travail, et la main mise de M. Cardonnet sur les différents pouvoirs de la commune... Emile tente de défendre son père sans révéler son lien de parenté, mais on sent chez lui beaucoup de désillusions filiales.
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Le lendemain, Emile reprend sa route, non sans avoir aperçu dans l'encadrement d'une fenêtre, le joli visage de Gilberte, fille d'Antoine...

Je ne vous raconerai pas la suite, j'ai juste posé les jalons.

LE ROMAN EN LUI-MEME

Le Péché de Monsieur Antoine est le dernier roman socialiste écrit pas George Sand. Elle commence la rédaction en juillet 1845, le roman paraît en feuilletons d'octobre à novembre 1845.
Le thème est donc engagé. George Sand est dans sa grande période socialiste, elle crée plusieurs journeaux, est amie avec Pierre Leroux, philosophe, réfléchit à une solution favorable au bien-être d'un peuple en souffrance. Elle dénonce ou du moins critique le Saint-Simonisme, mais aussi certaines idée de Fourier, donne son opinion sur les Associations...
Dans ce roman, s'oppose le capitalisme de M. Cardonnet, et le communisme de Emile et de son ami le marquis de Boisguilbault. C'est une réflexion sur le travail, sur la démocratie...

Mais pas seulement ! Le Péché de Monsieur Antoine c'est aussi le roman du premier amour, de ses obstacles... mais à la façon sandienne. L'héroïne, si elle est jeune, belle et blonde, est aussi une jeune fille qui lit, qui s'interroge aussi sur les préceptes socialistes, en elle rien d'épurée, elle fait le jardin et notamment les boutures, elle court les champs, et évite un viol de justesse !

C'est aussi un beau roman sur le lien père/enfant... sur les oppositions qui naissent quand l'enfant grandit et s'émancipe et commence à regarder le père avec plus de recul... Contester l'autorité paternelle à l'époque de Sand, devient de plus en plus fréquent, ce qui commence à ébranler l'équilibre des familles. George Sand prend souvent le parti de la contestation, les familles légitimes sont souvent les moins bien loties... vous en verrez ici une belle illustration !

MON AVIS

Il ne faut pas vous laisser impressionner par le thème du socialisme, l'histoire nous emporte facilement. Emile est un jeune homme formidable, enthousiaste, amoureux... Gilberte et sa famille deviennent nos propres amis.
Antoine est un bonhomme que j'adore et qui est à l'origine du prénom donné à mon fils ! Sand le décrit avec humour, il fait parti de ces pères, un peu maladroits, tendres envers sa fille, et accueillant, bon vivant, avec un petit penchant pour le vin rouge...
J'ai lu ce roman 5 ou 6 fois (pour des raisons d'analyse...), et je dois dire qu'à chaque fois j'ai découvert un nouvel aspect, une nouvelle phrase à méditer. En cette période de crise, ce roman est incroyablement actuel.

Pour le lire vous pouvez trouver l'édition De l'Aurore (celle présentée en haut de cette note), une nouvelle édition devrait sortir dans quelques mois aux Editions Champion.

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NOTE : 7 / 10